Après Covid-19, et si les liens étaient la clé ?

Chronique pour la REV - Réflexion sur l'après confinement

Source : https://rev-parti.fr/apres-covid19-et-si-les-liens-etaient-la-cle/

 

Après-Covid19 : Et si les liens étaient la clé ?

Chronique d’Azelma Sigaux, écrivain, pour la REV

En ces temps dramatiques, où l’heure est à la peur et aux précautions – et c’est bien légitime, il est urgent de songer à l’après-épidémie. Mais il faut aussi réfléchir à l’avant-coronavirus, aux causes qui nous ont menés à une telle situation, afin de ne pas reproduire les erreurs du passé. Car si la pandémie, à elle seule, constitue un symptôme alarmant quant à la vulnérabilité de notre espèce et du système que nous avons bâti, la gestion de la crise nécessite, elle aussi, d’être analysée. Décortiquée. Voire même critiquée. Mais avant tout, un paradoxe me saute aux yeux et me donne de l’espoir. Alors que la moitié de l’humanité se confine, s’éloigne de son entourage et de ses pairs, cette même humanité montre une tendance au rapprochement. Grâce aux nouvelles technologies – on en dira ce qu’on voudra – les liens perdus se ressoudent. Les informations circulent. Les réflexions s’enclenchent, se reproduisent, se fédèrent… Au-delà même des frontières. Aura-t-il fallu qu’on en arrive à une contagion massive pour finalement s’unir et construire un monde meilleur ?

Tous dans le même panier

Cette crise révèle les caractéristiques du genre humain. Elle met en lumière ses défauts et ses qualités. Les égoïstes le sont davantage. Du moins, leur tendance au nombrilisme se voit plus distinctement. Comme si une immense lampe torche éclairait ce qui d’habitude parvenait à rester dans l’ombre. Mais si les médias et les internautes n’hésitent pas à relayer les comportements humains les plus détestables, les belles actions passent bien trop souvent à la trappe. Et pourtant, elles existent tout autant. Voire plus. Nombreux sont ceux qui prennent naturellement des nouvelles de leurs voisins, qu’ils ne côtoyaient pas auparavant. Beaucoup récoltent, ou cousent des masques pour les donner à ceux qui en ont le plus besoin. Certains décident de distribuer des repas aux sans-abris. D’autres offrent leur soutien aux personnes seules, âgées ou fragiles. Nombre de concerts se donnent sur les balcons. Sur internet, j’ai même vu passer une chorégraphie réalisée par webcams interposées. Quelle étrange – mais jolie – façon de s’unir en toutes circonstances ! L’humain fait preuve d’une étonnante créativité lorsqu’il s’agit de se retrouver, malgré les barrières sanitaires obligatoires. Cette solidarité qui surgit aussitôt que la crise démarre me fait constater deux choses. La première, c’est que l’Homme sait faire preuve d’humanité. Pléonasme ? Disons plutôt que le terme reprend le sens qu’il avait du mal à incarner, en temps de déshumanisation. La seconde, c’est que les peuples s’unissent naturellement lorsqu’ils partagent des émotions similaires. Le confinement n’est pas aussi difficile pour tout le monde, c’est certain. Mais son sentiment d’impuissance face à l’épidémie, et aux mesures prises par les autorités, rend la population plus homogène. Le peuple reprend son rôle, dans la mesure où il devient bloc. Le virus ne fait pas la distinction entre les riches et les pauvres. Les Français, restreints à rester chez eux en attendant la prochaine déclaration présidentielle, ouvrent aussi les yeux sur les victimes collatérales. Et là, horreur ! Ceux qui continuent de travailler, parce qu’ils occupent des postes indispensables pour la collectivité, ont les salaires les plus bas. En voilà un comble. Pour couronner le tout, ces infirmières, ces éboueurs et ces caissières exécutent leurs tâches dans des conditions sanitaires désastreuses. Leurs horaires sont pénibles. Pour eux, c’est la double peine. Et le reste du peuple, en spectateur impuissant, commence à faire le lien.

Une occasion de réfléchir

Le rythme incessant du travail, la pression de l’employeur, l’objectif du chiffre d’affaires, les horaires décalés, les trajets quotidiens… La routine des humains des temps modernes, sous un régime ultra-libéral, ne laisse le temps pour rien. Aussi triste que cela puisse paraître, il n’est pas rare de méconnaître ses propres enfants. De mettre de côté sa vie de couple. Rares sont ceux qui ont le luxe de pouvoir s’assoir pour lire un bon bouquin. Le confinement aura au moins permis de changer ça. Tandis que nous sommes assignés à résidence, nous pouvons enfin prendre le temps de nous parler. De nous cultiver. De nous informer. Certes, dans le lot d’infos, les théories fumeuses se sont multipliées. Face à l’émergence d’annonces douteuses, il est parfois difficile de faire le tri. Mais c’est le jeu ! Les gens doivent réapprendre à affiner leurs recherches, à vérifier les sources. À comprendre les rouages du système dans lequel ils ont si longtemps baigné sans forcément le comprendre. Certains n’ont jamais eu l’occasion de s’intéresser à la politique. Ni de remettre en question la parole présidentielle. Désormais, le doute fait son chemin dans les esprits les plus réticents. De fil en aiguille, de liens en liens, de questionnements en discussions, on comprend mieux les causes du malaise ambiant.

Une transition écologique ?

Alors que la maladie bat son plein, et que la politique capitaliste montre enfin ses limites, la nature, elle, profite de la trêve. Je ne parle évidemment pas des animaux d’élevage qui continuent à être envoyés à l’abattoir. Le marché de la viande ne connaît pas la crise. Mais pour les autres êtres vivants, ce moment de répit offert par le confinement humain est appréciable. En réalité, l’arrêt partiel de l’économie et des transports aura permis de démontrer qu’en seulement deux semaines, il était possible d’initier une réelle transition écologique. Dans certaines villes du monde, les émissions de gaz à effet de serre ont été divisées par deux[1]. Délestées de leurs canaux, les eaux de Venise ont retrouvé leur limpidité et leur vie aquatique[2]. Au bout de quatre jours de confinement, des mesures réalisées en Occitanie montraient une concentration en dioxyde d’azote quatre à cinq fois moins élevée qu’auparavant[3]. Quant aux animaux sauvages, malgré les dérogations qui autorisent certains chasseurs à reprendre leurs activités, ils connaissent une accalmie. Les vidéos de sangliers et canards se promenant dans les centres-villes ont fait le tour des réseaux sociaux.

Par ailleurs, confinement et solidarité obligent, beaucoup choisissent de faire leurs achats auprès de petits producteurs. Les circuits courts sont préférés aux queues interminables des supermarchés. On réapprend à se faire à manger, on s’échange des astuces. Enfin, on prend moins la voiture, on ne part plus à l’autre bout du monde. Ainsi, sans vraiment le vouloir, on est plus écolos. Mais toute la question est là : les changements d’habitude forcés et leurs conséquences inespérées donneront-ils envie de continuer, une fois la crise terminée ?

Un modèle économique absurde

De même, la pénurie de masques, essentiellement causée par la mondialisation et la délocalisation, laissera-t-elle des traces indélébiles dans les esprits ? Aurons-nous encore envie de faire fabriquer nos produits de première nécessité, tels que des médicaments, à l’autre bout de la Terre ? Car s’il n’est évidemment pas question d’un repli identitaire, la question de l’autonomie ne peut plus être écartée. Ce qui n’empêche pas l’échange et la solidarité internationale, surtout dans les moments de crise tels que celui-ci. Plus que jamais, par ce virus, les humains sont liés. Pour autant, la libre circulation des marchandises et la concentration des êtres vivants resterait, selon de nombreux scientifiques, la cause de la propagation de la maladie. Dans ce monde où les animaux sont parqués par milliers dans des élevages industriels, et où les humains vivent les uns sur les autres dans des milieux toujours plus urbanisés, un simple virus aurait réussi une prouesse folle. En quelques mois, il s’avèrerait qu’il ait pu passer d’une chauve-souris à l’Homme, par le biais d’un pangolin. Comble de l’histoire, le pangolin fait partie des animaux les plus braconnés au monde. Bientôt, l’épidémie a pu se propager sur toute la surface du globe sans la moindre contrainte. N’est-ce pas là le signal d’alerte d’un système à bout de souffle ?

Renouer avec le bon sens

La solitude des humains confinés semble donc favoriser les liens. Les liens entre les Hommes, entre les peuples, entre les Vivants, mais aussi entre les événements. Peu à peu, les pièces du puzzle se rassemblent. Les déclics s’opèrent. Les prises de consciences s’établissent et se transmettent. Et si au départ, on avait tendance à souhaiter un retour à la normale, on comprend désormais que le problème, c’est justement cette normalité. La contagion des idées révolutionnaires serait-elle pour demain ?

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